La lâcheté est en quelque sorte la morphine de notre conscience.
Comment vivre en effet sans une bonne dose quotidienne de lâcheté (peut être le mot n'est-il pas approprié, insensibilité pourrait s'y ajouter, mais l'idée est là) ? Que ce soit devant un clodo qui vomit ses poumons, un crève-la-faim dans un camp de réfugié au JT de 20h, ou tout autre forme de souffrance à laquelle nous sommes quotidiennement confrontés, comment pouvons-nous encore dormir du sommeil du juste ?
Le remède miracle de tonton Zorgh c'est ça, la lâcheté.
Dès lors, tout s'explique.
On comprend mieux par exemple pourquoi la majorité des gens (je m'y inclus, je ne cherche pas à me placer au dessus de ce que je suis, un "gen") fuient tout engagement humanitaire ou éthique. En franchissant le pas, tout leur colmatage mental s'effondrerait, toutes les raisons (morphine de notre conscience, lâcheté morale) qui justifiaient l'état de fait et le rendaient supportable seraient à reconsidérer. D'où la peur d'une fuite en avant : si je me mets à agir dans ce domaine, pourquoi pas là aussi, puis là-bas ? Par soucis de cohérence, il s'avèrerait donc préférable de ne rien faire plutôt que d'agir imparfaitement pour ce qui semble être le bien.
Un certain William (planète inconnue, source incertaine) m'a dit à propos de mon végétarisme que je prenais mon rôle d'humain trop au sérieux. Il n'a peut être pas tort. Dès que l'on se met à considérer la souffrance autour de soi, la tâche paraît prométhéenne, démesurée, sans fin, perdue d'avance (et pour sûr, elle l'est).
Alors que mes barrières morales ont cédé (partiellement encore) sur la question de la souffrance animale, elles restent intactes sur nombre d'autres points. Toutefois je préfère me dire qu'au moins j'agis à ma mesure sur une part minime de souffrance plutôt que de ne rien faire et de manger des chips devant des animes japonaises (ah, c'est pas ça que je fais ?).
Conclusion : on ne peut embrasser toutes les causes. Est-ce aussi de la morphine que de penser cela ?