Rien, si on veut. On peut, si on veut, tuer et torturer qui on veut. On peut décider de ne torturer que les Noirs ou les droitiers, si on veut. On peut décider de se torturer soi-même ; mais cela, on le fait rarement. Pourquoi ? parce que ça fait souffrir, ça va à l'encontre de ses propres intérêts.
Éviter de faire mal à autrui, c'est décider d'étendre la considération que l'on a pour ses propres intérêts à ceux d'autrui. L'éthique, ce n'est pas autre chose. Et qu'est-ce qui doit déterminer de qui on prendra en compte les intérêts ? Des Blancs seulement ? Pourquoi des Blancs ? Des êtres intelligents seulement ? Ou sociaux ? Quand on prend en compte ses propres intérêts, on ne se demande pas si on est intelligent ou social. Cela n'a rien à voir avec le problème. Avoir mal ça fait mal, qu'on soit social ou non.
À chaque chose réelle ses conséquences réelles. L'intelligence d'un être importe pour bien des choses, mais n'a aucun rapport avec le fait que c'est grave ou non de lui faire mal. Alors, qu'est-ce qui importe pour cela ?
À chaque chose réelle ses conséquences réelles. Au fait qu'un être puisse avoir mal sa conséquence : éviter de lui faire mal. Ceci indépendamment de toute autre caractéristique de cet être. L'éthique non raciste, non sexiste, non spéciste, c'est celle-là.
Si un être est sensible, peut souffrir ou jouir, sa souffrance et sa jouissance ont la même importance que celle de tout autre. Toute différence d'importance attribuée aux intérêts de deux êtres est nécessairement arbitraire puisque fondée sur quelque chose sans rapport avec la raison pour laquelle on prend en compte ces intérêts, car cette raison est tout simplement leur existence.
La souffrance, c'est la souffrance, le plaisir, c'est le plaisir : c'est là la seule égalité qui m'importe. Si les pierres peuvent souffrir ou jouir, nous devons prendre en compte leur intérêt à ne pas souffrir et à éprouver le bonheur - que chaque pierre ait ou non une « personnalité unique ». Si les pierres ne peuvent souffrir et jouir, comme c'est très probablement le cas, il n'y a rien à prendre en compte.
En pratique, que faire ? A nous qui ne mangeons pas de viande, on reproche souvent avec un sourire narquois de mépriser les plantes ; mais ceux qui si brusquement exhibent leur sympathie pour les plantes en mangent dix fois plus que nous, à travers les animaux qu'ils font élever dans une vie de misère et tuer. N'importe ; nous ne méprisons ni les plantes ni les pierres. Le mépris est une attitude raciste en elle-même. Le mépris juge inférieure la nature d'un être ; moi, m'importe le réel. Le caractère sensible ou non d'un être est un caractère réel. Il m'importe donc de savoir : qui le possède, qui peut souffrir ?
Comment savoir si les plantes ou les pierres peuvent souffrir ? C'est une question difficile à résoudre dans l'absolu, mais dans la pratique il est facile d'aboutir à des conclusions simples. J'y viendrai dans le prochain IRL, mais tout esprit non spéciste sera déjà d'accord avec moi sur ceci : la capacité à souffrir des oiseaux, poissons et mammifères non humains est aussi vraisemblable et assurée que celle des humains. Ceci détermine la première et la plus simple conséquence : cesser de les manger.
Extrait de :
http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article42



