Une heure et quatre minutes du matin. Grosse discussion avec ma mère sur une opposition globale entre : déclinisme prophétique, absurdité, homme destructeur contre harmonie, régulation, optimisme global. J'ai enrichi ma position sur un point vraiment essentiel, et ce grâce à ma mère : c'est faire preuve de modestie par rapport aux choses que d'accepter le caractère infime que peut avoir sa propre action.
Cet aspect mis à part, j'ai renoué tout d'un coup avec une constatation simple : penser entraîne la découverte de l'absurde, du caractère hybride et tiraillé de l'homme et engendre donc la souffrance, du moins intellectuelle. Dès lors il y a opposition entre penser et se distraire, souffrir ou échapper et se réfugier dans un bonheur en négatif, celui de l'absence de souffrance. Cette problématique touche l'individu oisif comme moi car par exemple un enfant esclave veut généralement vivre, il se bat, espère.
Autre point, l'humain est un animal très puissant de par ses outils mais sa capacité intellectuelle à en user est largement à la traîne. Dès qu'il est sorti du cercle de la nature il s'est mis à courir vers le progrès et depuis il repousse sans cesse le moment où il devra subir les conséquences de cette transgression. Il a su vaincre (en occident) : les prédateurs, les épidémies, son autodestruction par la guerre, de nombreuses contraintes matérielles. Mais à quel prix ? J'ai l'impression que l'occident (du moins l'Europe) arrive à ce point où l'organisme qui a triomphé de son environnement arrête de le combattre et se laisse dépérir. Cela nous conduit au fait que biologiquement, l'organisme a besoin de s'opposer à un ennemi pour vouloir vivre et donc procréer.
Soit :
- l'organisme continue à se reproduire au même rythme en excédant la nature sur laquelle il repose (et non plus compose) et court à la destruction de la planète
- l'organisme dépérit (inconsciemment sans doute), et c'est ce que les chiffres de la natalité en Europe de l'ouest semblent prouver.
J'assimile ici organisme et « civilisation » terme que j'utilise par défaut (je n'ai pas trouvé mieux sur le coup).
Voyage au bout de la nuit est pour moi la Bible (un athée cherche toujours un substitut !) de l'absurde. Céline est arrivé à montrer que l'homme libéré de la nature se cherche et vogue à la dérive, c'est la scène des jeux forains. L'homme dans une logique d'expansion, de vie au sens purement biologique du terme, c'est-à-dire celui qui n'agit pas encore comme l'homme libéré, celui là va mener des guerres (14-18 dans le livre) avec ses moyens qui, on le sait, sont impressionnants. L'homme « libéré » est peut-être aussi celui qui en pensant se retrouve libre d'en finir avec son espèce.
L'agent Smith serait content de moi, lui qui nous qualifie de « cancer de cette planète » avec sa moue inimitable.